Le terme innovation est sur toutes les lèvres. Il y a peu, potion magique favorite pour la croissance économique, l’innovation est en passe de devenir le remède à la crise. Chefs d’entreprise, économistes, journalistes, politiques,... tous usent et abusent du mot innovation !
L’invention, en revanche, souffre d’une image plutôt négative. Les industriels s’en méfient. Comme ils se méfient des inventeurs connotation "amateurs tendance Géo Trouvetou"...
Il serait donc intéressant de définir ces deux termes afin de mieux comprendre leurs différences.
Des définitions officielles existent, par l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) par exemple :
On entend par innovation technologique de produit la mise au point/commercialisation d’un produit plus performant dans le but de fournir au consommateur des services objectivement nouveaux ou améliorés.
Par innovation technologique de procédé, on entend la mise au point/adoption de méthodes de production ou de distribution nouvelles ou notablement améliorées. Elle peut faire intervenir des changements affectant – séparément ou simultanément – les matériels, les ressources humaines ou les méthodes de travail.
Une définition plus grand-public par l’Observatoire des innovations (Cité des Sciences) :
« Innover, c’est réussir le pari de lancer quelque chose de nouveau sur le marché, une source d’énergie, une matière première, un produit ou un service, un mode d’organisation ou un procédé. Il y a mille exemples d’innovations mais pas de définition standard. »

Je serais plutôt d’accord avec cette explication car il faut savoir qu’il y a finalement autant de définitions du mot innovation qu’il y a de contextes pour cette innovation.
D’autant plus que Joseph Schumpeter, célèbre économiste, professeur à l’université de Harvard, distinguait cinq types d’innovations :
la fabrication de biens nouveaux,
des nouvelles méthodes de production,
l’ouverture d’un nouveau débouché,
l’utilisation de nouvelles matières premières,
la réalisation d’une nouvelle organisation du travail.
Pour en rajouter, l’Observatoire des innovations nous classe les innovation en deux catégories !
Les innovations de rupture qui font table rase de l’existant pour le remplacer par quelque chose de complètement nouveau (le passage de la cassette VHS au DVD).
Les innovations incrémentales qui apportent une amélioration sensible (les évolutions successives du téléphone portable, 2G puis 3G...)
Et pourquoi ne pas citer l’innovation sociale ? Grâce à des pratiques inédites, des expérimentations, pour le service public ou l’action sociale par exemple, elle induit des changements dans les rapports sociaux ou institutionnels (ONG, PACS,...).
Difficile de s’y retrouver dans ces définitions toutes exactes et concrètes mais touchant des domaines tellement différents !
Pour l’OCDE, « une innovation se distingue d’une invention ou d’une découverte dans la mesure où elle s’inscrit dans une perspective applicative. »
En effet, l’invention est un processus qui n’est contraint que par les capacités inventives des inventeurs et les moyens à disposition (argent, moyens humains ou matériels) pour les réaliser. Elle appelle le foisonnement et la créativité humaine. Le système présent est alors perturbé et se réorganise en tenant compte de la nouvelle invention. C’est à cet instant que nous avons l’innovation.

Selon Joseph Schumpeter :
L’inventeur est un génie, un personne surdouée.
Alors que l’innovateur est celui qui réussit à trouver un marché pour une invention. Il insiste jusqu’au succès final par sa volonté forte.
Les innovations apparaissent en grappes ou essaims :
après une innovation majeure, souvent une innovation de rupture (un progrès technique ou scientifique), d’autres innovations apparaissent, portées par ces découvertes.
Un exemple concret : l’invention d’Internet est devenu une innovation car il y a perturbation de plusieurs systèmes (média, commerce, éducation, service à la personne, culture...).
Pour résumer, on pourrait dire que l’innovation transforme la virtualité d’une invention en une réalité économique et industrielle. L’innovation entraîne un processus de mise en pratique qui aboutit à une utilisation effective. C’est un passage à l’acte.
On comprend alors mieux pourquoi certaines inventions ne deviennent pas des innovations.
Même si elle nous paraissent astucieuses aujourd’hui, elles n’ont pas été créées à un moment où la société en avait besoin, elles sont tombées dans l’oubli.
C’est le cas de la machine à vapeur connue dès l’Antiquité en Grèce mais qui ne s’est développée que près de deux siècles plus tard pour le pompage de l’eau dans les mines.
Cet article ne se veut en aucun cas ferme et définitif en ce qui concerne l’innovation et l’invention ! Il reste au contraire ouvert à toutes explications complémentaires ou remarques constructives.
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Séverine Bastien
Sources :
Business Cycles : a Theoretical, Historical and Statistical Analysis of the Capitalist Process, 1939, Joseph Schumpeter.
Exposition permanente Cité des Sciences : l’Observatoire des innovations .
OCDE
au sujet de la machine à vapeur : Héron d’Alexandrie (100 ap. J.-C.) créateur de l’éolipyle, une machine à vapeur.
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